Vous venez de finir vos joints de carrelage extérieur et le ciel devient noir ? C’est stressant. Pas de panique, tout n’est probablement pas perdu.
Ce guide vous dit exactement quoi faire en urgence pour évaluer les dégâts et sauver votre terrasse.
Diagnostic rapide : quel est le risque pour vos joints ?
Le seul facteur qui compte, c’est le temps écoulé entre la pose des joints et l’arrivée de la pluie. Le tableau ci-dessous vous donne une réponse claire et immédiate.
| Quand a-t-il plu ? | Niveau de risque | Conséquences probables | Action immédiate |
|---|---|---|---|
| Dans les 2 heures après la pose | Élevé | Le ciment n’a pas eu le temps de prendre. La pluie va « laver » le mortier. Les joints seront creusés, friables et non étanches. | Reprise quasi obligatoire. Protégez la zone avec une bâche si la pluie continue, mais les dégâts sont sûrement déjà faits. |
| Entre 3h et 10h après la pose | Moyen | La prise a commencé, mais le joint reste très fragile. Risque de farinage en surface (aspect poudreux), de blanchiment et de porosité accrue. L’étanchéité est compromise. | Protégez immédiatement avec une bâche. Inspectez après 48h de séchage. Une reprise locale sera peut-être nécessaire. |
| Entre 10h et 24h après la pose | Faible | Le plus gros de la prise est fait. Une pluie fine aura peu d’effet. Une forte averse peut encore causer un léger blanchiment (laitance) ou une petite perte de matière en surface. | Inutile de bâcher sauf si c’est un orage violent. Surveillez l’aspect des joints après séchage complet. |
| Après 24h | Très faible à nul | Le joint est assez dur pour résister à la pluie. Il continue de sécher à cœur mais l’eau ne le dégradera plus. | Rien à faire. Laissez sécher naturellement. |
Pourquoi la pluie est l’ennemi n°1 des joints frais ?
Un joint de carrelage, c’est un mortier. Ce mélange de ciment, de sable et d’eau durcit grâce à une réaction chimique : la prise. Cette réaction a besoin d’une quantité d’eau bien précise pour se faire correctement. Pas plus, pas moins.
Quand une pluie importante tombe sur des joints qui ne sont pas secs, elle apporte un excès d’eau non contrôlé. Cet excès perturbe toute la chimie du mortier et cause plusieurs problèmes graves pour votre carrelage extérieur.
Le principe à retenir : le séchage d’un joint n’est pas juste de l’évaporation. C’est une transformation chimique du ciment qui a besoin de temps et de conditions stables.
Voici les dégâts les plus courants :
- Le farinage : C’est le problème le plus visible. L’excès d’eau en surface « lave » le ciment avant qu’il n’ait pu durcir. Résultat, la couche supérieure du joint ne colle pas et devient poudreuse et friable au toucher une fois sèche.
- La porosité : Un joint mal séché est un joint poreux. Il se comportera comme une éponge. À la moindre pluie, il va se gorger d’eau. Cette humidité permanente sous le carrelage peut causer des infiltrations, des moisissures et, à terme, le décollement des carreaux.
- L’efflorescence : L’eau qui traverse le joint dissout les sels minéraux contenus dans le mortier. En s’évaporant, elle les dépose en surface, créant des taches blanches disgracieuses et difficiles à nettoyer.
- La résistance au gel : En hiver, un joint poreux et plein d’eau est une catastrophe. L’eau va geler, augmenter de volume et faire éclater les joints, voire fissurer les carreaux. L’étanchéité de votre terrasse est alors nulle.
Prévenir vaut mieux que guérir : les 5 précautions avant de jointoyer
La meilleure façon d’éviter les problèmes avec la pluie est de préparer son chantier. Perdre une heure à vérifier quelques points peut vous éviter deux jours de travail pour tout refaire.
Consulter la météo, encore et encore
Ça semble évident, mais c’est l’étape la plus importante. Ne vous contentez pas de regarder le ciel le matin même. Consultez plusieurs sources météo fiables et assurez-vous d’avoir une fenêtre de 48 heures minimum sans pluie annoncée. 24 heures, c’est le minimum absolu, mais 48h, c’est la sécurité.
Si vous avez le moindre doute, s’il y a un risque d’orage même faible, il est préférable de reporter. Mieux vaut attendre une journée de plus que de devoir tout gratter.
Préparer un support propre et sec
On ne fait pas de joints sur un support humide. Assurez-vous que les espaces entre les carreaux de votre terrasse sont parfaitement secs et propres. Toute humidité résiduelle dans la colle ou sur les bords des carreaux va rallonger le temps de séchage et augmenter la vulnérabilité à la pluie.
Respecter le dosage du mortier
Suivez à la lettre les instructions sur le sac de mortier-joint. La quantité d’eau est calculée pour une prise optimale. La tentation est parfois grande d’ajouter un peu d’eau pour rendre le mélange plus « souple » et plus facile à appliquer. C’est une erreur.
Un mortier trop liquide mettra plus de temps à sécher et sera beaucoup plus sensible à l’effet d’une averse. Respecter le dosage, c’est garantir une base saine pour vos joints.
Travailler dans les bonnes conditions
La température extérieure joue un rôle majeur. La plage idéale pour faire des joints de carrelage se situe entre 5°C et 30°C. S’il fait trop chaud (en plein soleil l’été), l’eau du mortier s’évapore trop vite, ce qui fissure le joint. S’il fait trop froid (en dessous de 5°C), la réaction chimique de prise ne se fait pas ou très mal.
Le mieux est de travailler par temps sec et couvert, avec une température modérée.
Prévoir une solution de protection (plan B)
Même avec la meilleure météo du monde, un orage local est toujours possible. Avant même de commencer à préparer votre mortier, ayez un plan B. Préparez une ou plusieurs bâches de protection assez grandes pour couvrir toute la surface que vous allez jointoyer. Ayez aussi des tréteaux, des planches ou des parpaings à portée de main pour pouvoir la tendre rapidement au-dessus du chantier.
L’averse est là : comment protéger le chantier en urgence ?
La pluie commence à tomber et vos joints sont frais. Il faut agir vite, mais sans tout abîmer. La précipitation est votre pire ennemie après la pluie elle-même.
L’objectif est de créer un abri temporaire au-dessus de votre terrasse. La règle d’or est simple : la bâche ne doit JAMAIS toucher les joints frais. Si elle touche, elle va s’y coller, abîmer la surface et créer des marques impossibles à enlever. Pire, elle va bloquer l’évaporation et créer de la condensation.
Attention à la condensation : Une bâche posée directement sur le sol crée un effet de serre. L’humidité qui s’évapore des joints reste piégée dessous et retombe sur le carrelage. C’est presque aussi mauvais que la pluie.
Voici comment faire, étape par étape :
- Stoppez tout travail immédiatement. N’essayez pas de « finir vite fait la dernière rangée ». Votre priorité est de protéger ce qui est déjà fait.
- Installez des supports autour de la zone. Utilisez ce que vous avez sous la main : des tréteaux, des parpaings, des chaises de jardin solides, des planches posées sur des pots… L’idée est de créer des points hauts pour surélever la bâche.
- Tendez la bâche au-dessus des supports. Dépliez votre bâche de protection et posez-la sur les supports. Elle doit être bien tendue pour que l’eau de pluie s’écoule sur les côtés et ne forme pas de poches d’eau au milieu.
- Lestez la bâche au sol. Utilisez des objets lourds (sacs de ciment, pierres, planches) pour maintenir les bords de la bâche au sol et éviter que le vent ne s’engouffre dessous.
- Assurez une ventilation. C’est le point le plus important. Laissez un espace de 10 à 20 cm entre le sol et les bords de la bâche. L’air doit pouvoir circuler sous la protection pour évacuer l’humidité qui s’évapore des joints et éviter la condensation. Votre abri doit protéger de la pluie, pas étouffer le chantier.
Cette protection doit rester en place pendant au minimum 24 heures après la fin de la pluie, le temps que la surface des joints soit suffisamment dure.
Le mal est fait : diagnostiquer et réparer des joints abîmés par la pluie
Vous n’avez pas pu protéger à temps ou la pluie a été trop forte. Il faut maintenant évaluer les dégâts et, si nécessaire, réparer. Pas de panique, dans beaucoup de cas, une reprise est possible sans avoir à tout casser.
L’inspection : quand et comment vérifier ?
N’inspectez pas les joints tant qu’ils sont mouillés. Vous ne verriez rien et risqueriez de les abîmer davantage. Attendez au minimum 24 à 48 heures après la fin de la pluie que le support soit redevenu sec en surface. L’inspection se fait à l’œil et au toucher.
Les signes qui ne trompent pas
Voici une liste des problèmes à rechercher. Si vous constatez un ou plusieurs de ces signes, une action sera nécessaire.
- Le test du tournevis (ou d’une clé) : Appuyez doucement avec la pointe d’un tournevis plat sur plusieurs zones du joint. S’il est dur et résistant, c’est bon signe. Si le tournevis s’enfonce facilement ou si le joint s’effrite, il n’a pas pris correctement.
- Les joints sont friables au toucher : Frottez simplement le joint avec votre doigt. S’il part en poussière (effet « sable »), c’est le signe d’un farinage important. Le joint n’a aucune cohésion.
- Les joints sont creusés : Comparez la hauteur des joints par rapport à la surface des carreaux. S’ils sont visiblement en creux, comme si la matière avait été lavée, c’est que la pluie les a lessivés avant la prise.
- Des fissures apparaissent : De petites fissures (faïençage) peuvent apparaître si le séchage a été perturbé. Elles sont des portes d’entrée pour l’eau.
- La couleur n’est pas uniforme : Des zones plus claires ou des taches blanches peuvent indiquer des problèmes de séchage et de migration des sels.
Solution 1 : les dégâts sont légers (blanchiment)
Si vos joints sont durs mais présentent juste des traces blanches en surface (laitance), la structure n’est pas atteinte. C’est un problème esthétique. Vous pouvez attendre quelques semaines que le séchage à cœur soit complet.
Ensuite, un nettoyage avec une brosse dure et un produit anti-laitance spécifique pour carrelage (disponible en magasin de bricolage) suffit généralement à régler le problème. Respectez bien le mode d’emploi du produit pour ne pas abîmer vos carreaux.
Solution 2 : les dégâts sont importants (joints creusés/friables)
Si vos joints sont friables, poudreux ou creusés, il n’y a pas le choix : il faut les refaire. Tenter de mettre un produit hydrofuge dessus ne servira à rien, car la structure même du joint est défaillante. L’étanchéité ne sera pas garantie.
La reprise des joints se fait en 3 étapes :
- Gratter les joints abîmés : C’est l’étape la plus fastidieuse. Vous devez enlever toute la partie du joint qui n’a pas pris. Utilisez un grattoir à joints manuel ou électrique. Pour les joints ciment, une petite meuleuse d’angle avec un disque adapté peut faire gagner du temps, mais demande de la précision pour ne pas abîmer les carreaux. Creusez sur une profondeur de 3 à 5 mm minimum pour que le nouveau joint ait une bonne accroche.
- Nettoyer et dépoussiérer : Une fois le grattage terminé, il est obligatoire d’aspirer méticuleusement toute la poussière. Passez l’aspirateur dans chaque interstice. Un joint refait sur un support poussiéreux ne tiendra pas. La surface doit être parfaitement propre et sèche.
- Rejointoyer : Préparez une nouvelle gâchée de mortier-joint en respectant scrupuleusement le dosage. Appliquez le nouveau joint comme vous l’aviez fait la première fois. Cette fois-ci, assurez-vous d’avoir une bonne météo pour les 48h à venir !
Foire Aux Questions (FAQ)
Combien de temps faut-il protéger les joints de la pluie au total ?
Il faut les protéger au minimum pendant 24 heures après la pose. C’est la période la plus critique où le joint est très vulnérable. Idéalement, une protection pendant 48 à 72 heures garantit un début de séchage parfait et une résistance optimale pour votre carrelage extérieur.
Peut-on marcher sur la terrasse le lendemain des joints ?
Non, c’est déconseillé. Attendez au minimum 24 heures avant d’autoriser une circulation légère (juste pour marcher). Pour un usage normal de la terrasse (remettre des meubles, marcher beaucoup), il est préférable d’attendre 72 heures (3 jours), surtout si l’humidité ambiante est forte.
Mes joints sont blancs après séchage, est-ce grave ?
Ça dépend. S’il s’agit d’un léger voile blanc qui part au brossage, c’est de la laitance, un phénomène normal. Si ce sont des taches blanches épaisses et cristallines qui reviennent après nettoyage, c’est de l’efflorescence, souvent liée à un problème d’humidité (causé par la pluie par exemple). Dans ce cas, le joint est peut-être devenu trop poreux.
Un produit hydrofuge peut-il « sauver » des joints mal séchés ?
Absolument pas. Un produit hydrofuge est une protection de surface, pas un traitement réparateur. Il empêche l’eau de pénétrer dans un joint sain. L’appliquer sur un joint friable ou farineux est inutile : le produit va « protéger » une surface qui est déjà en train de se désagréger. Il faut d’abord réparer le joint, le laisser sécher, et seulement ensuite, vous pouvez appliquer un hydrofuge pour une meilleure durabilité.